Situé sur la côte Nord de la Bretagne, à la limite de la côte de granite rose et de la côte de Goëlo, Plougrescant est un lieu que je fréquentais enfant avec mes parents. N’en ayant plus que quelques bribes de souvenirs, j’y suis retourné l'été 2024 pour tenter de les reconstituer.
Lors de cette redécouverte, une grande marée (coefficient 107) révélait un paysage singulier : une étendue de rochers, entièrement découverte à marée basse, se déployant à perte de vue.
Mon interprétation de ce territoire se situe à la croisée de deux registres : d'une part, un imaginaire nourri par la mémoire et ses lacunes ; d’autre part, une attention accrue aux éléments qui le composent, en lien avec mon intérêt pour les sciences de la vie et de la Terre.
Plougrescant, marée de 107
2024
Photographie couleur
Tableau périodique des éléments du paysage
Véritable travail de recensement – non exhaustif dans sa restitution –, ce dispositif est mené selon une approche quasi scientifique, en contrepoint de la vision plus subjective et imaginaire du paysage que je développe par ailleurs.
À partir des éléments observés et décelés dans le paysage cadré par la photographie, je constitue un tableau inspiré de la classification périodique de Mendeleïev. À la manière des taxonomistes, ces éléments sont classés par familles et sous-familles, selon leurs caractéristiques et leurs relations.
Cette méthode de classification est également investie de manière expérimentale, notamment par l’introduction du son parmi les éléments constitutifs du paysage.
Des îles par intermittence, une unité granitique
2026
Carte géologique du territoire couvert par la prise de vue photographique (littoral de Plougrescant et archipel de Buguélès), complétée par le tracé du trait de côte actuel (sources BRGM et IGN)
Aquarelle originale sur papier et dessin au feutre noir sur calque, reproduits par impression numérique
⚫ Endroit de la de prise de vue
⚪ Île Ozac’h
Architecture granitique
2026
Crayon à papier, mine de plomb sur papier
La Grotte
Coupe imaginaire dans le rocher · 2026
Crayon à papier et mine de plomb sur papier
Abrimaginaires
Abris imaginés à l'intérieur ou à partir d'éléments naturels : rochers, cavités, creux de troncs d'arbres, sous-bois, branchages…
Abrimaginaire – Plougrescant
Septembre 2026
Installation immersive — structure en bois, papier kraft, papier blanc, drap blanc, tentures en satin noir, bassin en acrylique rempli d'eau, reproduction d'une carte géologique dessinée à l'aquarelle, dessin, composition sonore, enceinte portable et lampe de poche.
Dimensions : 240 × 100 × 100 cm (H × L × P)
Née d'un travail d'observation et d'interprétation du paysage, cette installation réunit les trois représentations précédentes dans un espace imaginaire : une grotte construite à l'intérieur d'un amas de rochers granitiques.
Ces représentations font dialoguer plusieurs échelles spatiales et temporelles. La carte géologique révèle la structure minérale du territoire, à la frontière du visible et de l'invisible. Sur ce littoral, les marées recouvrent et découvrent continuellement les formations rocheuses, tandis que les parties les plus hautes du rocher dessiné demeurent émergées. Se superposent ainsi le temps long de la formation géologique, le rythme cyclique des marées et celui de l'observation du paysage.
Le visiteur est invité à pénétrer dans cette grotte, muni d'une lampe de poche qui lui permet d'explorer librement cet espace et d'en découvrir progressivement les éléments. Dans la pénombre, un bassin d'eau accueille la carte géologique, évocation de la mer qui recouvre périodiquement le territoire. Au-dessus, le dessin du rocher représente paradoxalement l'extérieur de l'espace dans lequel il se trouve.
Une composition sonore faite de gouttes d'eau, de craquements et de résonances graves accompagne cette exploration. La longue réverbération suggère une cavité monumentale, presque une cathédrale, en contradiction avec les dimensions modestes et l'atmosphère feutrée de l'abri. Le son vient ainsi troubler la perception de l'espace. L'installation repose sur un double renversement : celui de l'intérieur et de l'extérieur, et celui de l'espace physique et de l'espace acoustique.
À la fois refuge protecteur et lieu d'exploration de l'inconnu, cette grotte convoque l'imaginaire des cavités littorales, les récits légendaires qui leur sont associés et une mémoire plus intime des lieux de l'enfance. Sa forme enveloppante peut évoquer un espace originel, presque matriciel, tandis que la disposition des représentations, comme sur un autel, suggère une forme de sacralisation du paysage.